Open Access
Numéro
OCL
Volume 19, Numéro 4, Juillet-Août 2012
Page(s) 232 - 237
Section Cosmétique
DOI https://doi.org/10.1051/ocl.2012.0442
Publié en ligne 15 juillet 2012

© John Libbey Eurotext 2012

Les lipides des végétaux sont stockés sous forme d’amas dans les tissus de réserve. Ces réserves se situent chez les plantes principalement au niveau des graines avec des teneurs pouvant atteindre environ 80 % de la matière sèche. En conséquence, la plupart des matières grasses végétales couramment exploitées sont obtenues à partir de graines ou d’amandes. Néanmoins, dans quelques cas particuliers, des concentrations importantes de lipides (jusqu’à environ 75 % de la matière sèche) sont présentes au niveau de la couche périphérique pulpeuse dénommée « mésocarpe » qui enveloppe le noyau. Les exemples les plus connus sont ceux du fruit de l’avocatier, de l’olivier et du palmier à huile. L’épicarpe, couche externe du fruit, contient parfois aussi des lipides.

En ce début du XXIe siècle, on peut estimer que parmi les pulpes de fruits contenant plus de 10 % de lipides rapportés à la matière sèche, une quinzaine d’entre elles sont exploitées dans le monde pour la production d’huiles ou beurres végétaux (tableau 1).

Tableau 1.

Espèces botaniques dont les matières grasses de pulpes de fruits sont les plus exploitées.

D’un point de vue taxinomique, les pulpes des fruits exploitées pour leur richesse en lipides proviennent très majoritairement de palmiers (famille des Arecaceae) (tableau 1).

Répartition géographique de ces espèces oléagineuses

Neuf espèces oléagineuses citées sont présentes en Amazonie et s’avèrent donc des plantes de climats chauds et pluvieux. Trois espèces sont communes en Afrique centrale, tandis que trois autres sont cultivées sous des climats plus tempérés (tableau 2).

Tableau 2.

Répartition gèographiques des espéeces olèagineuses exploitées pour la richesse en matiére grasse de la pulpe du fruit.

Importance commerciale de ces matières grasses issues de pulpes

Le commerce de ces matières grasses est très inégal. L’huile de palme est la plus produite au monde avec environ 48 millions de tonnes en 2010, tandis que l’huile d’olive se situe en 9e position, avec 3 millions de tonnes produites en 2010 (USDA, 2011). La place de l’huile d’avocat est bien plus modeste avec une estimation de production annuelle d’environ 1 500 tonnes (Com. pers.). L’huile de pataua fit l’objet d’un commerce notoire au milieu du XXe siècle. Les quantités exportées par le Brésil vers 1951 étaient de l’ordre de 200 tonnes/an (Janick et Paull, 2008).

En ce qui concerne les autres matières grasses, les volumes produits demeurent inférieures et difficiles à estimer. Les productions de graisses de pulpes d’aïélé, de palmier pêche et de safoutier, sont encore à la fois très limitées, artisanales, et surtout destinées à une consommation locale. Il est utile d’ajouter que la majorité de ces matières grasses issues de mésocarpes sont à l’état figé ou semi-figé vers 15 °C (tableau 3.).

Tableau 3.

Teneurs en lipides de pulpe de fruits et en matières insaponifiables de la matière grasse.

Teneurs en lipides et en matières insaponifiables

Les teneurs en lipides dans les pulpes fraîches ou sèches ainsi que les teneurs en matières insaponifiables sont reportées dans le tableau 3 . Les teneurs en matières insaponifiables de ces matières grasses, déterminées par extraction au solvant, sont assez homogènes et courantes (0,4-2,2 %), à l’exception de l’huile d’avocat. Pour cette dernière, les teneurs habituellement rapportées sont comprises entre 1,4 et 3,0 % de matières insaponifiables dans l’huile de la pulpe fraîche ou sèche. Néanmoins, des teneurs bien plus élevées ont été signalées : de 4,8-12,2 % dans de l’huile issue de la pulpe fraîche (Gutfinger et Letan, 1974) et de 4,0-8,8 % dans l’huile de pulpe sèche (Lozano et al., 1993).

Teneurs inhabituelles en familles chimiques ou constituants insaponifiables de ces matières grasses de pulpes

Ces huiles et beurres de pulpes sont essentiellement constitués d’acides gras classiques en proportions assez banales (Ucciani, 1994; Bereau, 2001). Par contre, la fraction insaponifiable de certaines d’entre elles, leur communique de l’originalité. Sept des quinze matières grasses de pulpes citées possèdent une couleur orangée due à la présence de caroténoïdes dont les teneurs connues les plus remarquables varient de 38 à 528 mg/100 g de matière grasse. De telles teneurs sont les plus élevées parmi les corps gras végétaux exploités.

D’après la littérature actuelle, les teneurs en tocophérols les plus remarquables parmi ces matières grasses de pulpes, sont celles de l’argousier et du pataua (tableau 4.).

Tableau 4.

Teneurs inhabituelles en familles chimiques ou constituants insaponifiables dans ces matières grasses issues de pulpes.

Le squalène est en quantités importantes bien connues dans l’huile d’olive (90-870 mg/100 g).

Quant à la fraction insaponifiable de l’huile d’avocat, elle contient des alcools gras insaturés dont les proportions n’ont pas encore été mentionnées dans la littérature.

Effets physiologiques d’intérêt cosmétiques et usages traditionnels de ces matières grasses de pulpes de fruits

Les propriétés physiologiques et usages traditionnels d’intérêt cosmétique de ces matières grasses de pulpes ont été résumés dans le tableau 5 . La plupart sont appliquées sur la peau pour préserver le film hydrolipidique et ainsi freiner la déshydratation. Deux d’entre elles, l’huile de pulpe du fruit d’argousier et le beurre de pequi, ont présenté des effets cicatrisants lors d’essais par applications topiques (Wang et al., 2006; De Oliveira et al., 2010; Saraiva et al., 2010).

Tableau 5.

Propriétés d’intérêt cosmétique, usages traditionnels par voie topique et comestibilité de ces matières grasses issues de pulpes.

Quelques-unes de ces matières grasses sont, par ailleurs, parfois utilisées en alimentation et presque toutes sont comestibles.

Un possible intérêt cosmétique commun aux matières grasses de pulpes de fruits est parfois avancé depuis peu. Elles seraient « hypoallergéniques » (Internet 2, 2011). Jusqu’à présent, la littérature ne semble pas contenir d’argument scientifique à ce sujet. Par contre, quelques critiques s’élèvent parfois concernant l’emploi en cosmétique de certaines matières grasses issues de graines ou d’amandes. Ainsi, depuis plusieurs années, un nombre grandissant de médecins déconseillent l’application d’huiles de graines ou amandes en particulier l’huile d’amande douce sur la peau des nourrissons. Pour cela, ils s’appuient sur le fait que ces fruits à écale sont la cause par voie orale d’allergies parmi les populations de tout âge des pays développés (Moneret-Vautrin, 2008). Il est bien connu que les protéines de réserve des graines oléagineuses sont principalement responsables des causes d’allergies liées à la consommation de ces graines. Des analyses récentes ont mis en évidence la présence de protéines issues de graines oléagineuses dans des huiles brutes, et aussi des traces dans des huiles raffinées. Néanmoins, si des cas rapportés d’allergies aux huiles végétales issues de graines oléagineuses (amande, arachide…) lors d’applications topiques font débat, ils restent encore assez marginaux (Ring et Möhrenschlager, 2007; Guillet et Guillet, 2000). Il serait intéressant que des essais de tolérance soient menés chez des sujets aux peaux réactives afin de comparer l’incidence d’huiles végétales issues de pulpes et d’autres issus de graines. Toutefois jusqu’à présent, les allergies de contact imputées à des huiles de pulpes demeurent extrêmement rares.

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Pour citer cet article : Fontanel D. Huiles et beurres de pulpes de fruits : revue des principales sources exploitées, teneurs en insaponifiables, propriétés et usages traditionnels d’intérêt cosmétique. OCL 2012 ; 19(4) : 232–237. doi : 10.1051/ocl.2012.0442

Liste des tableaux

Tableau 1.

Espèces botaniques dont les matières grasses de pulpes de fruits sont les plus exploitées.

Tableau 2.

Répartition gèographiques des espéeces olèagineuses exploitées pour la richesse en matiére grasse de la pulpe du fruit.

Tableau 3.

Teneurs en lipides de pulpe de fruits et en matières insaponifiables de la matière grasse.

Tableau 4.

Teneurs inhabituelles en familles chimiques ou constituants insaponifiables dans ces matières grasses issues de pulpes.

Tableau 5.

Propriétés d’intérêt cosmétique, usages traditionnels par voie topique et comestibilité de ces matières grasses issues de pulpes.

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