Dans le rétro
La science comme manière de vivre en temps de guerre : le témoignage d’une scientifique ukrainienne
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- Publié le mardi 3 février 2026 11:53
"On m’a demandé un jour quel était l’impact de la guerre sur l’activité scientifique en Ukraine.
La réponse la plus évidente serait : négatif.
Mais plus j’y ai réfléchi, plus j’ai compris que cette réponse était trop simple — presque fausse.
La science n’est pas seulement un métier. Pour beaucoup d’entre nous, c’est une manière de vivre. Et la vie, même en temps de guerre, ne s’arrête pas net. Ce que je souhaite raconter ici n’est ni un rapport institutionnel ni une analyse statistique, mais une histoire vécue — celle d’une scientifique qui continue à travailler pendant que son pays est en guerre.
Un lieu, une vie, une science
Ma vie est étroitement liée à la ville de Zaporijjia, une grande ville industrielle et scientifique du sud-est de l’Ukraine. Je suis née dans une petite localité militaire où mon père servait, mais Zaporijjia est la ville de mes ancêtres et celle où ma vie adulte a commencé. Entre Zaporijjia et Berdiansk se trouvent de nombreux villages qui portent l’histoire de ma famille maternelle.
C’est à Zaporijjia que j’ai fait mes études, que je suis entrée dans la recherche, et que la science est devenue ma vie.
Depuis la fin de mes études, je travaille dans un petit institut de recherche — le même jusqu’à aujourd’hui. J’aimerais pouvoir dire « pour toute la vie ». Beaucoup d’entre nous l’espéraient. Mais la guerre a dispersé les gens aux quatre coins du monde. La science est restée, mais la communauté s’est amenuisée.
Quand la guerre a-t-elle commencé ?
Pour beaucoup, la guerre a commencé en février 2022.
Pour nous, elle a commencé bien plus tôt.
En 2012, notre institut a enfin eu un directeur progressiste, convaincu de la nécessité du développement, de la coopération entre instituts et de l’intégration dans la science européenne. Pour nous, ce fut une bouffée d’air après des années de stagnation. Nous organisions des journées de terrain, des conférences avec des chercheurs venus d’autres régions, et de nombreux jeunes scientifiques soutenaient leurs thèses, publiaient, se projetaient dans l’avenir.
Puis est arrivée l’année 2014.
Au début, la guerre ne ressemblait pas à une guerre. Elle ressemblait à de la politique, à des manifestations, à quelque chose de lointain. J’ai compris que ce n’était pas « seulement cela » lorsqu’un collègue très actif politiquement est parti précipitamment pour la Crimée, en disant qu’il se sentait menacé. À l’époque, je n’en ai pas saisi la portée.
Peu après, mon ancien directeur de thèse — qui était devenu pour moi bien plus qu’un encadrant — a tenté de rentrer en Ukraine depuis la Russie, où il se trouvait auprès de sa famille. Il a franchi la frontière à la mi-juillet 2014. Il n’est jamais arrivé.
Après des jours d’appels, de recherches, de refus policiers (« ce n’est pas votre parent »), on m’a finalement contactée : un corps avait été retrouvé à Melitopol. Je suis allée pour l’identification. C’était lui. Officiellement : un AVC, la chaleur de l’été. Pas d’enquête. Pas de réponses.
Ce fut ma première perte personnelle liée à la guerre — avant les bombes, avant les lignes de front.
La science continue — jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus
Nous avons continué à travailler. Les cultures fleurissaient, les expériences se poursuivaient, les articles s’écrivaient. Nous sommes même allés un week-end à la mer pour marquer la fin d’une saison d’hybridation. Mais sur les routes, les véhicules militaires devenaient de plus en plus fréquents. Quelque chose changeait.
À la fin de 2014, une autre guerre a commencé — une guerre interne.
Un homme s’est présenté comme notre nouveau directeur : le fils de l’ancien. Sans nomination officielle, sans documents. Ce qui a suivi a été une occupation de notre institut pendant trois mois. Des groupes armés ont pénétré dans le bâtiment. Des fenêtres ont été brisées. La police est venue des dizaines de fois — sans jamais intervenir.
Nous vivions dans l’institut. Nous gardions les entrées. Nous écrivions des articles entre deux tours de garde. Une collègue a terminé sa thèse de doctorat pendant cette période, rédigeant des chapitres sur son ordinateur portable, assise dans un couloir, près de portes barricadées.
Ce n’était pas de l’héroïsme. C’était de l’obstination. Nous refusions d’abandonner la science ou de céder les terres de l’État à des intérêts privés.
Finalement, nous avons tenu bon. La tentative de prise de contrôle a échoué. Mais le prix fut lourd. Un académicien envoyé pour « régler la situation » est rentré à Kyiv en train — et a fait un infarctus pendant le trajet. Il n’est jamais sorti de l’hôpital.
Une autre victime de la guerre, même si personne ne l’a comptée ainsi.
Entre deux guerres
Pendant quelques années, la situation s’est stabilisée. Nous avons déposé des projets Horizon, obtenu des financements nationaux, créé de nouvelles variétés et hybrides, établi des collaborations européennes, participé à des conférences. Puis est arrivée la pandémie de COVID — une autre crise, une autre adaptation.
Un jeune directeur a été nommé — l’un des nôtres, ayant traversé toutes les épreuves précédentes avec nous. Nous avions des projets, des idées, de l’élan. Puis est arrivée l’année 2022.
La guerre à grande échelle
Le deuxième jour de l’invasion, nous nous sommes tous retrouvés à l’institut — effrayés, désorientés, mais ensemble. Zaporijjia a été bombardée. La défense territoriale s’est organisée. Telegram est devenu notre principale source d’information.
Notre institut a accueilli des unités militaires. Nous avons apporté des matelas, des bouilloires, de la nourriture. Il n’y avait pas de chauffage. Pas de certitude. L’un de nos chercheurs a rejoint l’armée et y sert encore aujourd’hui.
L’Académie nous a envoyé des tableaux à remplir : « Comment avez-vous aidé l’armée ? »
Nous n’avons rien écrit. Non pas parce que nous n’avions rien fait, mais parce que diffuser de telles informations en temps de guerre est dangereux. Cela aussi est souvent incompris à l’étranger.
L’effondrement institutionnel sous la guerre
Le contrat de notre directeur a expiré pendant la guerre. Les élections étaient interdites. Les contrats n’étaient pas prolongés. Il avait une famille, de jeunes enfants, des bombardements près de son domicile. Une université dans une autre région lui a proposé un logement et un poste. Il est parti.
Peu après, un missile a détruit un immeuble voisin. Notre institut a perdu des fenêtres, mais officiellement « n’a subi aucun dommage ».
Depuis, la direction est temporaire, fragmentée, souvent éloignée de la réalité scientifique.
Pendant ce temps, nous nous sommes adaptés aux alertes aériennes, aux coupures d’électricité, aux drones, aux explosions, au travail dans les champs sous les sirènes, à l’écriture de rapports après des nuits sans sommeil. Un jour, un projectile est tombé dans un champ expérimental — un cratère de trois mètres de diamètre. Heureusement, les semis venaient d’être terminés ailleurs.
Ce que la guerre fait à la science
Les dégâts ne sont pas seulement matériels.
Certaines expériences deviennent impossibles. Une collègue biotechnologue a refusé de poursuivre un projet de long terme : sans électricité stable, maintenir des cultures est illusoire. Voir des années de travail mourir à cause du froid et de l’obscurité brise les scientifiques.
Les jeunes partent — à l’étranger ou vers d’autres professions. Les spécialistes vont au front. Les gestionnaires trouvent de meilleurs salaires ailleurs. Ce qui reste, ce sont des chercheurs de 50 à 70 ans, qui travaillent par fidélité à la science plus que par espoir.
La science continue. Mais elle vieillit, s’épuise, et disparaît lentement.
Ce qui reste
Nous semons encore.
Nous mesurons encore.
Nous récoltons encore.
Nous écrivons encore des rapports.
Mais la vraie question n’est plus comment la guerre affecte la science.
La vraie question est : combien de temps la science peut-elle survivre ainsi ?
Et lorsque la guerre prendra fin, restera-t-il encore quelqu’un pour la reconstruire ?"
DANS LE RETRO - Michel-Eugène CHEVREUL, un immense savant à la Société d’agriculture de Paris (future Académie d’agriculture de France)
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- Publié le mardi 23 juillet 2024 11:42
Par : C. FERAULT, Directeur de recherche honoraire INRAE, Membre émérite et Vice-secrétaire honoraire de l’Académie d’agriculture de France
Abstract – Michel-Eugène Chevreul is elected as an Ordinary Partner [Titular Member] of the Royal and Central Society of Agriculture on 22 August 1832, barely at the age of 46. He will remain particularly active there until his death. That is for 57 years and under six successive denominations of the Company before becoming an Academy in 1915.
Even today, its sensitive marble statue, imposing and edifying, the work of sculptor Eugène Soldi, inaugurated on July 19, 1882, welcomes visitors to the mansion of the Academy located at “The Hôtel of Rue de Bellechasse” in Paris.
Considered from the beginning by his peers as a first-level scientist, Chevreul frequently intervenes during discussions and he communicates. He joined the Bureau, becoming an Officer in 1849 and then President the following year.
Remarkable fact: he exercised this function twenty times, each even year until 1888, thus remaining in charge of this responsibility for forty years, which gave him a complete vision of the Company and its evolution over the long term. During his long years as a member of the Bureau, he played a leading role in a very eclectic behavior, focusing on scientific and technical aspects but much less on contingencies.
According to custom, he is called upon to give a speech as President during the solemn annual sessions, most often in the presence of the Minister responsible for Agriculture. His interventions, short, sometimes improvised but based on his vast culture, are favored by the audience because of their depth. His prolixity, which quickly became legendary, is not found at this level.
Strongly active during the sessions, he submits various notes, reports and communications, but in total in a limited number (14) on very diverse themes, including items not expected.
His relationships with his fellow scholar of the academy are always close and full of respect, especially towards those he considered as scholars. And when he happens to be absent, some take it upon themselves to say, "Mr. Chevreul would no doubt think..." Through his reflections, his writings, his attitudes and his deep attachment to the Society, which pays him back well, one can feel that he has found there his favorite place of anchorage. The latter organizes a solemn banquet on the occasion of the 50th anniversary of its election, in the presence of the Minister, as well as an emotional ceremony for its centenary.
It is under his presidencies that the mansion of the Academy is built in connection with the extreme generosity of one of his fellow scholars of the Academy.
From 1878 onwards, the new status of the Society, then the National Agricultural Society of France, is in fact that of an Academy, but the Great Man does nothing to facilitate this transformation, probably because of the reservations expressed by some of his colleagues at the Academy of Sciences, or even because of his own reservations. However, he greatly contributes to giving an international reputation to the Academy, thanks to the high quality of its national and foreign recruitments, to his own bright understanding of the questions asked and his growing openness to sectors related to agriculture, such as food industries, social issues and human nutrition.
Résumé – Michel-Eugène Chevreul est élu Associé ordinaire [Membre titulaire] de la Société royale et centrale d’agriculture le 22 août 1832, à 46 ans à peine. Il y restera particulièrement actif jusqu’à son décès, soit pendant 57 ans et sous six des dénominations successives de la Compagnie qui ne deviendra Académie qu’en 1915.
Aujourd’hui encore, sa statue de marbre, sensible, imposante et édifiante, œuvre du sculpteur Eugène Soldi, inaugurée le 19 juillet 1882, accueille le visiteur de l’Hôtel académique, rue de Bellechasse à Paris.
Considéré dès l’abord par ses pairs comme un savant du premier niveau, Chevreul intervient fréquemment au cours des échanges et communique. Il entre au Bureau, devenant ainsi Officier en 1849 puis Président l’année suivante.
Fait remarquable : il exercera cette fonction à vingt reprises, chaque année paire jusqu’en 1888, demeurant ainsi en responsabilité quarante ans ce qui lui confère une vision complète de la Société et de son évolution sur le temps long. Au cours de ses si longues années au Bureau, il joue un rôle moteur sous un comportement très éclectique, s’attachant aux aspects scientifiques et techniques mais nettement moins aux contingences.
Selon l’usage, il est conduit à prononcer un discours de Président à l’occasion de la séance annuelle solennelle, le plus souvent en présence du ministre chargé de l’Agriculture. Ses interventions, courtes, parfois improvisées mais appuyées sur sa vaste culture, reçoivent les faveurs de l’assistance en raison de leur profondeur. Sa prolixité, devenue vite légendaire, n’est pas retrouvée à ce niveau.
Très actif pendant les séances, il y présente des notes, rapports et communications, mais au total en nombre limité (14) sur des thèmes fort divers, y compris là où on ne l’attend pas.
Les relations à ses confrères sont toujours de proximité et empruntes de respect, spécialement à l’égard de ceux considérés par lui comme savants. Et lorsqu’il lui arrive d’être absent, certains se chargent d’affirmer : « M. Chevreul penserait sans doute... ». On ressent par ses réflexions, ses écrits et ses attitudes, son attachement profond à la Société qui le lui rend bien, et le sentiment qu’il y a trouvé son lieu d’ancrage préféré. Celle-ci organise un Banquet solennel à l’occasion du 50e anniversaire de son élection, en présence du ministre, ainsi qu’une cérémonie émouvante pour son centenaire.
C’est sous ses présidences que l’Hôtel de l’Académie est édifié en lien avec l’extrême générosité de l’un de ses confrères.
A partir de 1878, le nouveau statut de la Société, alors nationale d’agriculture de France, est en fait celui d’une Académie, mais le Grand homme ne fait rien pour faciliter cette transformation, probablement en raison des réserves de certains de ses confrères de l’Académie des sciences, voire de lui-même. Toutefois, il participe grandement à lui conférer une renommée internationale, grâce à la qualité de ses recrutements nationaux et étrangers, à sa propre lumineuse proximité avec les questions posées et à son ouverture croissante à des secteurs connexes à l’agriculture, tels que les industries alimentaires, des questions de société et l’alimentation humaine.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, il est le sociétaire le plus connu, en vue et écouté et sans doute le plus brillant avec son confrère Louis Pasteur, cependant moins engagé au service de la Compagnie.
Mots-clés – Chevreul, présidence, Société d’agriculture de Paris, Académie d’agriculture de France
DANS LE RETRO - Origine des stérilités mâles et des variétés hybrides de tournesol en France et dans le monde
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- Publié le jeudi 21 avril 2022 07:44
Par : Bernard (Jean-Marie) VIVIER, INRAE – Agri-Obtentions, Clermont-Ferrand, France (retraité)
"L’huile alimentaire la plus utilisée jusqu’en 1970 en France était l’huile d’arachide importée. Au début des années 60, le gouvernement a pris la décision de développer des espèces oléagineuses métropolitaines, qui remplaceraient à terme les importations d’arachide, et a demandé à l’INRAE de conduire des programmes de Recherche et Développement colza et tournesol. Cette dernière espèce n’était pas cultivée en France, excepté dans le Sud Est sur de très petites surfaces, essentiellement pour les oiseaux (Gris Strié de Provence) et dans des jardins pendant la guerre pour parer au manque d’huile. A cette époque, la culture du tournesol était très importante en URSS, principalement dans le sud de la Russie et en Ukraine, avec des variétés population qui avaient été sélectionnées pour leur richesse en huile par V. PUSTOVOIT à Krasnodar.
Découverte de la stérilité mâle génique
Simone LENOBLE, en charge du programme tournesol à Clermont-Ferrand, prit contact avec l’institut russe (VNIIMK) à Krasnodar pour importer des échantillons des différentes variétés, en collaboration avec l’association des multiplicateurs de semences oléagineuses (USGOS/AMSOL) et le CETIOM (aujourd’hui Terres Inovia) pour les produire, expérimenter et vulgariser à grande échelle. En 1962, les premiers échantillons ont été cultivés en pépinière pour les comparer et dès cette année il a été observé une plante qui n’avait pas de pollen : elle était mâle stérile. La probabilité de trouver un tel type est extrêmement rare, comparable à certaines découvertes en recherches médicales.
Cette plante mâle stérile ne présentait aucune coloration particulière (on disait « verte »). Dans la pépinière il y avait une ancienne variété française appelée Nain Noir qui présentait une coloration rouge sur les tiges, pétioles et bord des feuilles. Son pollen a servi pour féconder la plante mâle stérile. Les graines issues du croisement ont été semées en serre en Octobre 1962. Les plantes, à la levée, étaient toutes colorées (« rouge »). Ce caractère était donc supposé dominant.
En février 1963 j’ai intégré le laboratoire tournesol à la station INRAE de Clermont-Ferrand et nous avons observé à la floraison que la totalité des plantes produisaient du pollen (mâles fertiles) et elles ont été autofécondées par ensachage des capitules. Nous avons semé les graines produites au printemps 1963 et à la floraison, les ¾ des plantes qui étaient « rouges » étaient également mâles fertiles et le ¼ de plantes « vertes » étaient toutes mâles stériles (ce qui suivait loi génétique de Mendel). Les deux caractères étaient génétiquement liés très fortement On venait de découvrir la stérilité mâle, dite génique, du tournesol, marquée par la présence ou absence de coloration rouge (Leclercq, 1966). Cependant, le caractère de stérilité mâle est génétiquement récessif et on ne peut pas obtenir une descendance entièrement mâle stérile. Pour permettre un croisement avec une autre lignée, afin de produire un hybride homogène, un travail d’élimination des plantes « rouges mâle fertile » était nécessaire. De nombreuses variétés russes et bulgares ont servi de parents mâles pour féconder ces plantes mâles stériles. Pour permettre des travaux de sélection et recherche à plus grande échelle, deux techniciens furent recrutés.
La première variété hybride de tournesol
Les essais comparatifs au champ pour le rendement et la teneur en huile ont abouti à l’inscription au catalogue officiel du 1er hybride mondial en 1970 appelé INRA 6501. A cette même époque, la station INRAE de Montpellier a inscrit la variété population ISSANKA.
La culture commerciale du tournesol en France avait démarré vers 1968 avec les variétés populations importées d’URSS par l’USGOS/AMSOL et vulgarisées par le CETIOM/Terres Inovia. La production d’INRA 6501 et les essais de nouveaux croisements ont été assurés par la collaboration entre l’INRAE et des établissements semenciers implantés dans les régions à climats adaptés au tournesol : la Limagne, la Vallée du Rhône, l’Ouest et le Sud Ouest.
Les différentes cultures et les contrôles de pureté de semences ont permis de déterminer les distances d’isolement nécessaires, la pollinisation étant assurée essentiellement par les abeilles qui pouvaient butiner à un kilomètre ou plus de leur ruche.
La multiplication du parent femelle nécessitait de semer très dense et d’éliminer les plantes « rouges » dans les rangs désignés femelles sur lesquelles on récoltait les semences, et les plantes vertes dans les rangs désignés mâles, qui fournissaient le pollen, ce qui demandait un énorme travail de main d’œuvre et de même pour les femelles en production de l’hybride commercial.
Obtention d’une stérilité mâle cytoplasmique
En parallèle, sous la direction d’André CAUDERON, Patrice LECLERQ, qui succédait à Simone LENOBLE partie à LUSIGNAN (86) pour s’occuper des plantes fourragères, continuait les recherches, réalisant des croisements interspécifiques en pépinière entre Helianthus annus, le tournesol cultivé et des espèces voisines sauvages dont des échantillons avaient été fournis par le scientifique américain, C.HEISER.,
D’un de ces croisements entre l’espèce sauvage Helianthus petiolaris et Helianthus annuus, il a obtenu une stérilité mâle cytoplasmique (un caractère déterminé par le cytoplasme avec une hérédité maternelle). Publié par Leclercq (1969), cette stérilité mâle donnent des descendances dont 100% des plantes ne produisent pas de pollen et ainsi permet une production de semences hybrides simplifiée. Les parents mâles devaient porter un gène qui restaure la fertilité mâle des hybrides et qui a été trouvé chez plusieurs espèces d’Helianthus (Kinman, 1970, Leclercq, 1971). Le premier hybride mondial cytoplasmique, inscrit sur le Catalogue français en 1973 s’est appelé RELAX pour évoquer la facilité du travail.
Cette stérilité mâle cytoplasmique, distribuée sans brevet, toujours utilisée librement et très largement à travers le monde, a permis de donner un énorme essor au tournesol peu valorisé dans beaucoup de pays jusque-là (Vear, 2010). Cet essor fut porté aussi par des pionniers de la vulgarisation et de la mécanisation.
Conclusion
Ces découvertes de stérilités males chez le tournesol ont rendu possible l’obtention de variétés hybrides homogènes en précocité et en taille en comparaison avec les variétés populations, simplifiant les interventions agronomiques. Elles ont rendu possible aussi un progrès plus rapide en sélection pour des caractères tels que les résistances aux maladies ou les qualités d’huile qui peuvent être fixés dans des lignées parentales (Vear 2016). Elles sont la base de nombreux programmes de sélection développés en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et plus récemment en Asie..
La culture de cette espèce est toujours promise à un bel avenir car elle est peu exigeante en intrants, tolérante à la sécheresse et elle permet de produire plusieurs types d’ huile de qualité très recherchée par les consommateurs.
Références
Kinman ML. 1970. Letter to Participants. Proc 4th Int Sunflower Conf, Memphis, TN, USA, June 23–25, 1970
Leclercq P. 1966. Une stérilité male utilisable pour la production d’hybrides simples de tournesol. Ann. Amélior.Pl. 16 :135-144.
Leclercq P. 1969. Une stérilité mâle cytoplasmique chez le tournesol. Ann. Amelior.Pl. 19: 99–106.
Leclercq P. 1971. La stérilité mâle cytoplasmique du tournesol 1. Premières études sur la restauration de la fertilité. Ann Amélior Pl. 21: 45–54.
Vear F. 2010. Classic Genetics and Breeding. In “Genetics, Genomics and Breeding of Sunflower” ed. Kole C. Science Publishers Inc. Jersey, N.H, USA. : 51-77.
Vear F 2016. Changes in sunflower breeding over the last fifty years. OCL 2016, 23(2) D202.

Bernard Vivier dans une publicité pour une variété INRAE vers 1978
